Contemporain, Engagé, Roman, Young-adult

[Roman] The Hate U Give • Angie Thomas

Attentions mesdames et messieurs ça va commencer ! J’ai acheté ce roman plus ou moins parce que je l’avais beaucoup vu sur Goodreads et sur Instagram, et parce que le sujet m’intéressait, mais j’avoue qu’à part savoir le thème principal, je ne savais rien de l’histoire du roman. Et cette lecture m’a pas mal secouée. La critique en bref :

Première parution : 28 février 2017 (VO) / 5 avril 2018 (VF) • De Angie Thomas • Ma note globale : ★★★★★

J’ai lu l’édition Walker Books (438 pages)

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Résumé

(Résumé de la quatrième de couverture)

Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d’enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s’embrase, tandis que la police cherche à enterrer l’affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu’elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête.

Mon avis

On en entend finalement assez peu parler chez nous, mais si vous traînez un peu sur le net (sur tumblr par exemple), il est difficile de passer à côté des nombreuses histoires de personnes noires tuées par des policiers sans raison. Je lis régulièrement ce genre de choses, et voir un roman qui en a précisément fait son thème principal m’a tout de suite donné envie de le lire !

Au tout, tout début de ma lecture, j’ai cru que je n’allais pas aller très loin. Je considère avoir un anglais plus que correct (erf, mieux vaut vu mes études et mon choix de carrière), mais j’ai eu énormément de mal à rentrer dans le texte car il est entièrement écrit de manière très orale. C’est du « street English » comme on dit : il manque assez souvent des mots, des verbes, etc. J’ai fini par m’y habituer (et considérer ça comme un excellent moyen d’améliorer mon anglais familier), mais c’était très rebutant au début. D’ailleurs je suis très curieuse de voir comment ça a été rendu en français (enfin, je l’ai feuilleté, et j’ai malheureusement l’impression que le côté très oral et parfois même vulgaire est totalement passé à la trappe…). Et finalement, je trouve que ce style très particulier est vraiment intéressant : il reflète bien l’esprit de Starr et l’univers dans lequel elle évolue, le côté « ghetto » avec les gangs et les racailles du quartier.

C’est aussi très intéressant parce que ça fait apparaître la « vraie » Starr. On comprend assez rapidement, puisqu’elle nous le dit elle-même, qu’elle a deux versions d’elle : celle qui habite son quartier, et celle qui va dans son lycée de riches blancs. La Starr narratrice est un mélange des deux, et ça transparaît assez bien. J’ai trouvé la dualité du personnage plutôt bien rendue, surtout dans le fait que progressivement, elle va avoir envie de laisser justement cette dualité derrière elle pour peu à peu devenir une seule et même Starr, avec ses valeurs et ses origines.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Starr. C’est une adolescente qui n’a pas une vie facile, vous vous en doutez un peu, et les choses vont encore s’aggraver pour elle après la mort de son meilleur ami d’enfance. Mais ce qui fait que je l’ai appréciée, c’est qu’elle va subir un réel développement. Comme je vous l’ai dit, au début elle essaye de se fondre dans la masse, mais petit à petit elle va en avoir marre de s’effacer, et affirmer sa propre personnalité : celle d’une « enfant noire » qui vit « comme une blanche » et a des valeurs bien à elle. Starr doit combattre le racisme et faire cohabiter ses deux univers tant bien que mal, car elle estime qu’ils font tous les deux partie intégrante de sa personnalité. Par exemple, sa relation avec son petit ami — qui est déjà relativement exemplaire — se développe encore quand elle finit par accepter de lui montrer son environnement, et qu’il l’accepte sans sourciller, et la soutient même dans son combat.

Parce que ce combat, bon dieu qu’il est difficile. Et j’ai trouvé que toute l’histoire autour de cette… fusillade ? Bavure policière ? Bref, de cette affaire, était plutôt bien fichue. Et ça reste extrêmement violent, tant au niveau psychologique que physique. Starr voit les deux réactions typiques face à ce genre d’événements : dans son quartier, les gens s’insurgent, organisent des manifestations, réclament la démission et l’emprisonnement du policier. Dans son lycée, les gens ont vaguement entendu parler de l’affaire, mais s’interrogent plus sur le statut de potentiel dealer de la victime que sur l’absence totale de justification de ce meurtre. Cette histoire la rend folle, elle se sent faible, inutile, et tiraillée entre ce qu’elle veut faire (oublier et qu’on la laisse tranquille) et ce qu’elle doit faire (dénoncer l’injustice de la chose). C’était très intéressant de suivre son évolution, voir les choix qu’elle fait, à quel moment et pourquoi. Elle va se lancer dans un combat pour faire entendre sa voix, et celle de toutes les personnes qui souffrent du racisme omniprésent dans notre société. Elle va utiliser toutes les armes à sa disposition pour se faire entendre et faire ouvrir les yeux à ceux qui l’entourent.

Bien entendu, ce meurtre est le point central du livre, ce autour de quoi tout tourne. Je trouve ça très bien qu’une auteure (qui à la fin du roman explique qu’elle a grandi dans un quartier comme ça et connu ces violences) mettent ce genre d’affaires au cœur d’une fiction, parce que c’est un moyen de toucher une plus grande partie de la population mondiale. Et elle décrit très bien les effets que cela a sur les gens, les différentes visions, les violences qui peuvent en découler par l’opposition de points de vue… C’est un sujet très important, malheureusement trop répandu surtout aux États-Unis, et je suis vraiment contente d’avoir pu lire ce roman.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié la place très importante de l’amour dans ce livre. Starr a une famille qui l’aime, quelques amis extrêmement précieux (et elle va aussi se rendre compte de ceux à qui elle ne peut pas faire confiance), et son petit ami qui la soutient envers et contre tout. Ses parents sont géniaux, son père est un homme très fort qui a fait beaucoup d’erreurs dans le passé mais veut faire le bonheur de ses enfants, et sa mère est une femme qui ne se laisse abattre par rien ni personne. Ils sont tous très soudés, et j’ai trouvé cela extrêmement touchant, surtout quand les différents univers et sphères de Starr se rencontrent.

BREF, j’ai vraiment, vraiment adoré The Hate U Give, j’espère que si vous ne l’avez pas encore lu, vous allez rapidement le faire, parce que c’est un bon livre, un bon rappel de la violence de notre monde et de l’énorme problème que présente encore et toujours le racisme.

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4 réflexions au sujet de “[Roman] The Hate U Give • Angie Thomas”

    1. Si tu es assez à l’aise avec l’anglais, je te conseille de le lire en VO 🙂 pour le peu que j’ai feuilleté de la VF, le style a beaucoup perdu de sa richesse à la traduction, et c’est vraiment dommage :/ Mais dans tous les cas c’est un livre coup de poing super intéressant et très prenant ^^

      Aimé par 1 personne

  1. Je n’ai entendu que des bonnes critiques, et je trouve ça super que l’auteure mette en avant autant de sujets importants!

    Avec ce genre de roman, et surtout du mouvement « Black Lives Matter », j’avais un peu peur que l’auteure diabolise les policiers, et les Blancs en général, pour desservir la cause défendue. Je ne voudrais surtout pas d’un livre dénonçant le racisme soit lui-même raciste, tu vois ce que je veux dire? Mais ça me rassure de voir qu’elle exploite des visions différentes de l’événement, même si on se doute bien que le racisme est prépondérant aux Etats-Unis.

    En tout cas, le personnage de Starr a l’air super intéressant! Le fait qu’une partie « noire » et une partie « blanche » la composent et que ça la pousse à rechercher sa propre identité et à l’affirmer est génial, je trouve. Et je suis toujours friande des familles soudées et aimantes, donc c’est un gros plus également!

    J'aime

    1. Il est vraiment très très intéressant ! Au niveau de la diabolisation des policiers, on va pas se mentir ça l’est quand même pas mal même si on insiste souvent sur le fait que ce ne sont pas tous les policiers qui sont comme ça 🙂

      Franchement il faut que tu le lises, il vaut vraiment le détour !

      J'aime

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